THIERRY BIZOT: « tombé amoureux de Jésus » ?

Le Magazine JESUS! sorti hier dans 19 000 kiosques et points de vente en France. Les éditions Première Partie et Info Chrétienne vous proposent de découvrir en exclusivité l’interview de Thierry Bizot réalisée à l’occasion de cet événement unique.

Thierry Bizot co-dirige la société de production éléphant, qui a produit de nombreuses émissions et séries comme Sept à Huit ou Fais pas ci, Fais pas ça. En 2008, invité par le professeur d’histoire de son fils, il participe à une catéchèse durant laquelle il confie être « tombé amoureux de jésus ». Comment, des plateaux de tournage aux plateaux télé, de l’école de commerce à L’Oréal, Thierry Bizot a-t-il pu changer à ce point ?

C’est qu’il faut se l’imaginer : un « quinqua » parisien ordinaire, c’est-à-dire comblé par son métier, assorti d’une femme merveilleuse et de trois enfants, courant d’un projet à un autre, accumulant les réussites et provoquant les opportunités. Ses confrères ? Pas moins qu’Emmanuel Chain. Ses rencontres ? Des producteurs d’émissions, des acteurs et des réalisateurs. Au fond, Thierry Bizot avait tout pour être aimé, alors pourquoi, par un automne plutôt moche, s’est-il posé cette question radicale et dont sa femme a tiré un film : Qui a envie d’être aimé ? (2011) Nous sommes partis à la rencontre de ce producteur fascinant.

À quoi ressemble le quotidien d’un producteur d’émission converti au christianisme ?

Je me sens aimé par Jésus, et d’un amour inconditionnel
En surface, rien ne change : je garde le même métier, je vis toujours avec ma femme. Mais intérieurement, je suis bouleversé : je me sens aimé par Jésus, et d’un amour inconditionnel. Ma femme m’aime. Nous sommes mariés depuis 27 ans, nous avons trois enfants ; mais je sais que cela peut s’arrêter d’un jour à l’autre : elle pourrait me quitter, je pourrais la quitter, tout peut arriver. Et cela m’inquiète. Je surveille notre relation en me disant que c’est quelque chose de précieux, que l’on construit à deux, mais qui peut s’arrêter. Rien n’est acquis. Mais l’amour de Jésus, lui, m’est acquis. Je sais que je peux compter sur lui. C’est lui qui ne peut pas compter sur moi ! Je sais que tant que je voudrai venir à lui, il m’acceptera.

Quand bien même je le trahirais, il me pardonnerait, comme il a pardonné à Pierre. Et cela m’a procuré trois grands bienfaits intérieurs : la sérénité, d’où découle la joie, d’où découle la bienveillance. Mais une vraie bienveillance, pas une bienveillance forcée : on peut se forcer à être bienveillant comme on se force à rentrer son ventre ! Si quelqu’un vient vous énerver, ça y est, vous vous mettez en colère et vous n’êtes plus bienveillant du tout !

Voilà bientôt 10 ans que dure cette histoire d’amour… Comment a-t-elle évolué dans le temps ?

Un peu comme une histoire d’amour humaine. Au début, j’étais tout feu tout flamme, j’étais dans l’excès : j’ai écrit un bouquin, j’ai produit un film, j’ai fait des témoignages partout ! Et, pendant toute cette période, je m’inquiétais déjà de savoir que ça allait s’arrêter. Parce que je savais que ça allait s’arrêter. Et ça n’a pas loupé. Mais c’est à ce moment-là que j’ai commencé à aimer véritablement. J’ai commencé à cheminer, derrière Jésus, petit à petit, tranquillement.

L’amour commence après, quand on n’est plus amoureux
Fréderic Beigbeder écrit « l’amour dure trois ans » ; c’est être amoureux, effectivement, qui dure trois ans. Mais l’amour commence après, quand on n’est plus amoureux. C’est une décision. Et moi, j’ai décidé d’aimer. Aujourd’hui, je suis dans une histoire d’amour plus « raisonnable » : je me sais aimé et je décide d’aimer en retour. Parfois, je me comporte mal, puis je reviens à Jésus. Il y a aussi des moments que je qualifierais de plus « distendus », où je m’éloigne de lui… et puis je le retrouve ! Comme avec un conjoint ou un ami !

Y a-t-il des passages de la vie de Jésus qui vous inspirent plus particulièrement dans l’exercice de votre métier ? Jésus a-t-il été une sorte de producteur ?

Dans l’Évangile, on peut voir que Jésus parle en paraboles. Il a compris que s’il voulait que les gens l’écoutent, il fallait qu’il leur raconte des histoires. Dans notre métier, on passe notre temps à raconter des histoires, que ce soit pour des séries, des longs métrages ou des spectacles. Voilà un premier rapprochement que l’on peut faire. Mais raconter une histoire ne suffit pas. À l’image des paraboles de Jésus, nous essayons de faire en sorte que nos histoires contiennent toujours une vérité, et une vérité qui élève le spectateur, le fasse grandir.

Aujourd’hui, nous sommes entourés d’un flot d’images : mortes et vivantes
Aujourd’hui, nous sommes entourés d’un flot d’images : dans la rue, sur les panneaux publicitaires, dans les vitrines des magasins, sur les smartphones. On distingue deux catégories d’images :  il y a les images mortes : ce sont celles qui passent sur vous comme l’eau sur les plumes d’un canard, elles ne vous laissent aucune trace, vous les avez oubliées la minute d’après. Et il y a les images vivantes : celles qui pénètrent en vous et vous touchent. Dans les images vivantes, on distingue celles qui vous blessent, vous rabaissent, et celles qui vous élèvent. Chez Éléphant  , on essaie de faire des images vivantes qui élèvent. Et pour atteindre ce but, nous cherchons à leur faire contenir une vérité. On n’y arrive pas toujours, mais on essaie !

Qu’est-ce-que l’Évangile pour vous ?

Ce n’est ni un texte philosophique intéressant – il en existe de bien meilleurs – ni un livre de sagesse – Jésus, par exemple, ne parle jamais de la souffrance, alors qu’il y a tant de livres qui en font une analyse pertinente – ce n’est pas non plus un livre de règles de bonne conduite pour gagner le paradis – il n’y a pas une seule fois le mot « vertu ». Non, l’Évangile, c’est de la lave en fusion ! C’est le chemin, la vérité et la vie, c’est un texte qui révolutionne celui qui le lit.

Ça change le monde. On m’a souvent demandé si j’étais inquiet pour l’avenir de l’Église, en arguant du fait que les paroisses se vidaient. Non, je ne suis pas inquiet, car l’Église possède un trésor inoxydable : l’Évangile. Ce n’est pas un texte humain, gentillet, avec de bonnes petites paroles pour être gentil les uns avec les autres, faire un feu sur la plage, prendre une guitare et chanter « Il faut que tout le monde s’aime ». Ça n’a rien à voir avec tout ça. C’est un texte révolutionnaire, scandaleux, extrêmement dur : dur, parce que divin. Tout simplement parce qu’il représente quelque chose qui est au-delà de nous, auquel on ne pourra jamais se conformer parfaitement.

« Aimez-vous les uns les autres »
La phrase « Aimez-vous les uns les autres », par exemple, qui peut paraître la plus facile à accepter et à mettre en oeuvre, et dont on se sert pour faire accepter le christianisme par des gens un peu remontés contre l’Église, est en réalité extrêmement difficile, exigeante, engageante, absolue ! Ce qui est formidable dans la venue de Jésus sur terre, c’est qu’il ne nous dit pas : « Les gars, vous êtes imparfaits,  vous y arriverez jamais ! Mourrez, on verra bien après si vous entrez au paradis ou pas ». Non, il nous dit : « La plus petite chose que vous ferez à un enfant, c’est à moi que vous l’aurez faite », et « la plus petite chose que vous aurez faite vous sera rendue ». Et ce, non pas pour accumuler des miles pour aller au paradis plus vite, mais parce qu’il sait que c’est nous que nous sauvons en faisant une bonne action. Prenons l’exemple du pardon.

Dans le Notre Père, qui est la seule parole que Dieu nous ait donné en toutes lettres, une des phrases les plus importantes est « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ». Le pardon est quelque chose de paradoxal, car on a l’impression, quand on pardonne, qu’on est vraiment très magnanime, qu’on est un bon gars, quelqu’un de bien : « Allez, je suis sympa, tu m’as fait une crasse mais je te pardonne ». En réalité, c’est soi-même que l’on sert, c’est à soi qu’on fait du bien en pardonnant à l’autre.

Mais au fait, Thierry Bizot, qui est Jésus pour vous ?

On dit souvent « Dieu est amour ». Moi je préfère la formule : « Dieu, c’est l’amour ». Quand quelqu’un me demande : « C’est quoi, Dieu ? », je réponds : « C’est simple, c’est quelque chose que tu connais très bien, c’est l’amour ! Tu sais d’où te vient l’amour ? Pourquoi aimes-tu les chevaux, la mer, le chocolat ? Les brunes plutôt que les blondes ? Pourquoi tu aimes ta mère comme tu l’aimes, alors que ton frère l’aime différemment ? Tu pourrais l’expliquer ? Et peux-tu t’enorgueillir d’aimer ? Non. L’amour est un mystère. » Mais c’est un mystère qu’on connaît très bien. On ne se pose jamais la question de savoir d’où vient notre amour. L’amour est un cadeau qu’on empoche comme si c’était normal. En réalité, c’est un miracle.

 

Categories: Actu,Temoignage

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