Rendez-vous avec les prisonniers

RENCONTRE DANS UNE CLAIRIÈRE

J’accompagne la petite équipe de tournage de FR2 dans l’intimité de ma vaste forêt, où j’ai rendez-vous quotidiennement avec Dieu. La caméra, l’écran de contrôle de la réalisatrice, le perchman qui m’accompagnent sont les yeux de plusieurs milliers de gens qui bientôt me verront. Un tel équipage est inhabituel ici, mais ces lieux n’ont de sauvages que le nom car il n’y a pas plus tolérant que la nature qui accueille tout le monde, même ceux qui la piétinent. Nous sommes assis au centre d’une clairière grandiose, baignée des rayons de l’aurore. Le paysage est magnifiquement assorti avec le sujet de l’entretien, puisqu’on y parle essentiellement de mon Ami, le Créateur de ces lieux. Et aujourd’hui, il a rendez-vous avec eux, je le vois dans leurs yeux ainsi que dans leur mot qui ont de la difficulté à ce matérialisé en mot. Lorsque nous retournons à pied sur le chemin de l’atelier, le Seigneur me pousse discrètement vers la réalisatrice Amalia, je m’approche doucement, nous parlons, elle pleure… et c’est dans une prière toute simple, qu’elle donne sa vie à Jésus…

CA NE MANGE PAS DE PAIN !

Demain, je pars à la rencontre des deux détenus qui ont réussi à me toucher par leur courrier (un petit voyage de 9h de route). Je serai accompagné de l’équipe de tournage de FR2 désireuse de vivre ce moment avec moi. Mais la veille du départ, le centre pénitentiaire nous annonce que je pourrai rencontrer 3 autres prisonniers, mais en aucun cas mes correspondants car le juge d’instruction leur a catégoriquement refusé le droit de visite. Amalia, la mine déconfite, s’exclame:
– C’est mort!

Je ne me laisse pas démonter et lui propose de nous adresser directement à Dieu (c’est vrai quoi, pourquoi nous adresser à des sous-fifres ?!) :
– Seigneur, le Directeur des directeurs, c’est toi, accordes-nous la faveur de cette visite.

Amalia, m’observe incrédule:
– C’est impossible voyons! Mais, hum… prier, ça ne mange pas de pain…!

A DEUX PAS…

C’est une matinée glissant dans le temps aussi légèrement qu’un sous-vêtement en dentelle sur la peau douce et bronzée d’une jeune demoiselle (Autrement dit : y fait bon quoi!). L’aube s’est à peine revêtue de la suite de la journée, que déjà quelque chose détonne avec l’ambiance. Trois personnes mécontentes haussent la voix et trépignent devant l’entrée de la prison. Je ne sais pourquoi elles désirent autant d’attention, mais la tension et la frustration des contestataires est d’autant plus exacerbée que l’ombre du gardien abrité derrière la sombre vitre blindée est totalement inaccessible à leur revendication.
A aucun moment, ils ne remarquent le personnage qui les observe en silence campé à deux pas derrière eux. L’homme se tient à proximité de la porte principale. Cette dernière est tellement ouverte, que pour une prison, s’en est indécent. Dire qu’il n’est autre que le directeur des lieux*, probablement la personne la plus habilitée à accéder à leurs demandes.
* Il venait de nous saluer, et l’aumônier m’a confié, ne l’avoir jamais vu en d’aussi bonne disposition.

Cette scénette illustre à merveille le drame de nos contemporains. Ils cherchent de la mauvaise manière et au mauvais endroit l’attention qui leur fait défaut… et pourtant, juste derrière eux, Dieu, l’Amour des amours est là… Mais trop préoccupés à chercher de la reconnaissance ailleurs, ils passent à côté.

Et toi? (je tutoie pour faire plus cash!)
Sois franc avec toi-même (accorde-toi cette faveur) : c’est où que tu cherches vraiment? (avant de répondre, déposes le dossier mental des réponses toutes faites qui s’ouvrent machinalement)(et vlan!)

L’ENVOLÉE DES PRISONNIERS

Le pénitencier est digne d’un film Hollywoodien : le fossé tout autour du périmètre de l’établissement, la hauteur démesurée des murs finissant en barbelés, les miradors, les caméras, les alarmes et gardiens omniprésents, tout y est ! Chaque 3 mètres, un Xème contrôle de sécurité et une nouvelle porte blindée. Mais peu m’importe, je suis occupé avec les mélodies de ma guitare (oui, j’ai pris ma gratte avec moi) et je joue librement. Cet instrument arrête le temps et a l’étrange pouvoir de dessiner des sourires sur le visage des matons. L’équipe que nous sommes a quelque chose d’insolite en ce lieu. Nous débouchons dans la cour intérieure. Ici, même le ciel est grillagé de fils métalliques (c’est pour empêcher les prisonnier de s’envoler !). Sous l’inspiration du moment, je lance une série d’accords flamencos, auxquels répondent spontanément plusieurs voix viriles :
– Olé !

Je me retourne et découvre qu’en face de moi, une foule de détenus agglutinés à leur fenêtre de cellule m’écoute attentivement. Embarqué par l’enthousiasme ambiant, je joue de plus belle, ponctuant mes envolées lyriques de :
– Vamos! Arriva!

LA VISITE

Sachant l’échange avec les 3 détenus rare, nous ne badinons pas avec des politesses superficielles, les gars avaient eux aussi tous lu des pages de « Rendez-vous dans la forêt » et nos discutions près du cœur sont aussi profondes qu’une forêt puisse l’être.

En fin de séance, surprise ! Michel et Jean-Michel se pointent ! Amalia n’en croit pas ses yeux. Le moment est intense. Comme de vieux copains, nous nous prenons dans les bras. Je ne fais rien de spécial, je suis juste présent devant eux et ce qui m’épate le plus, c’est que se soit suffisant pour les rebooster au max.

Ils me décrivent le feu et l’espoir qui les habitent maintenant, ainsi que leur désir de le partager avec les autres détenus…Tous me racontent leur bonheur d’avoir un moment d’exception dans leur semaine : un culte chaque dimanche ! Ils sont prisonniers, mais débordent d’espoir et d’enthousiasme, ils ont l’air d’être plus libres, que bien des gens au dehors….

Categories: Actu,enseignement,texte

Leave A Reply

copy right Cristlerocher.net Design By Team-Innova